Cuisiner avec la vapeur : chauffer sans immerger

Cuire d’abord, construire le goût ensuite | Quand la vapeur rencontre le garde-manger

Cuisiner avec la vapeur : chauffer sans immerger

Cuire à la vapeur, c’est utiliser l’eau sans mettre l’aliment dedans.

L’eau chauffe, devient vapeur, vient au contact d’un aliment plus froid et s’y condense en lui transmettant sa chaleur. L’aliment cuit ainsi dans une atmosphère très humide, sans baigner dans un liquide de cuisson.

La technique paraît simple. Elle l’est. Mais elle offre beaucoup plus de possibilités que l’image un peu sage du panier de légumes vapeur.

Car la vapeur sait cuire doucement, préserver une texture, préparer un aliment à recevoir un assaisonnement, réchauffer sans dessécher et même devenir la première étape d’une préparation beaucoup plus construite.

1. Ce que fait la vapeur

La vapeur transporte efficacement la chaleur jusqu’à la surface de l’aliment.

En se condensant, elle transmet son énergie et maintient autour de celui-ci une atmosphère saturée d’humidité. Contrairement à une cuisson dans l’eau, l’aliment n’est pas entouré d’un grand volume de liquide dans lequel peuvent diffuser une partie de ses composés solubles.

Cela donne une cuisson particulièrement intéressante lorsque l’on veut chauffer et attendrir sans lessiver.

Mais la vapeur a aussi une limite fondamentale : dans les conditions ordinaires de cuisson, la surface reste humide et sa température ne permet guère les réactions de brunissement que donnent une poêle, une plaque ou des braises.

La vapeur cuit. Elle ne grille pas.

Et c’est précisément ce qui la rend intéressante.

2. Ce qu’elle change dans l’aliment

Sous l’effet de la chaleur, les structures se transforment.

Les légumes s’attendrissent, les amidons des pommes de terre ou des céréales se gélatinisent, les protéines du poisson, des œufs ou d’une farce coagulent.

La durée devient alors un véritable ingrédient.

Quelques minutes peuvent conserver une texture ferme et une certaine fraîcheur. Quelques minutes supplémentaires peuvent donner un produit beaucoup plus tendre, parfois suffisamment pour être écrasé, mixé ou transformé.

La vapeur permet donc de choisir assez précisément jusqu’où l’on veut conduire la transformation.

Une carotte encore ferme, une pomme de terre destinée à être écrasée et une aubergine que l’on veut presque fondante ne demandent évidemment pas la même cuisson.

3. Cuire simplement à la vapeur

Certains aliments n’ont besoin de presque rien d’autre.

Légumes, pommes de terre, poissons, raviolis, bouchées farcies ou certaines préparations à base de céréales peuvent être cuits directement au-dessus de l’eau.

Le matériel importe finalement assez peu : panier vapeur, marguerite, couscoussier, panier en bambou ou simple dispositif permettant de maintenir les aliments au-dessus d’une eau frémissante.

Le principe reste le même :

de l’eau en dessous, de la vapeur autour, mais pas d’immersion.

La quantité d’eau doit simplement être suffisante pour produire de la vapeur pendant toute la cuisson sans atteindre les aliments.

4. Cuire d’abord, construire le goût ensuite

C’est probablement là que la vapeur devient particulièrement intéressante pour la Popotte.

Parce qu’elle produit peu de brunissement et peu de goût lié à la cuisson elle-même, elle laisse un terrain presque vierge pour la suite.

Nos aubergines à la vietnamienne en sont un bon exemple.

L’aubergine est d’abord cuite à la vapeur jusqu’à devenir tendre. Ce n’est qu’ensuite qu’arrivent les éléments qui construisent réellement le plat : salé, acidité, aromates, huile, éventuellement sucre et piquant.

La vapeur a construit la texture.

L’assaisonnement construit le goût.

On peut appliquer cette logique à beaucoup d’autres produits : cuire à la vapeur, puis mariner, assaisonner, napper, écraser, faire sauter rapidement ou même passer quelques instants sur une surface très chaude pour ajouter ce que la vapeur ne sait pas produire.

La cuisson devient alors une étape plutôt qu’une destination.

5. Quand la vapeur rencontre le garde-manger

Et c’est ici que nos poudres reprennent du service.

Un aliment sorti de la vapeur possède souvent une surface humide. Une poudre aromatique peut donc y adhérer facilement et commencer immédiatement à se réhydrater.

Poudre d’oignon doré, ail séché, tomate, poireau, champignon, paprika fumé, herbes, bouillon réduit en poudre : le garde-manger permet d’apporter en quelques secondes les dimensions que la vapeur ne crée pas elle-même.

On peut aussi construire par couches.

Un peu d’huile transporte certains arômes et donne du corps. Une touche acide apporte du relief. Une poudre apporte concentration et profondeur. Une herbe fraîche peut terminer l’ensemble.

La vapeur n’est donc pas nécessairement une cuisine du « sans ».

Elle peut au contraire devenir une base particulièrement neutre sur laquelle construire.

C’est peut-être sa place la plus intéressante dans la Popotte : non pas chercher à tout faire avec la vapeur, mais lui confier ce qu’elle sait très bien faire.

Cuire l’aliment sans l’immerger, choisir sa texture, puis décider de la suite.